Ce qui se transmet n'est pas l'événement, c'est le ressenti
C'est le principe qui change toute la façon de récolter. Ce qui passe d'une génération à l'autre n'est pas le fait brut, l'exil, la faillite, le deuil, mais la manière dont il a été vécu : la honte, la peur, la solitude, l'arrachement. Deux familles peuvent traverser le même événement et transmettre des mémoires totalement différentes.
Fiona en donne un exemple personnel : dans sa lignée, le drame n'était pas l'« abandon » d'un enfant, mais une séparation forcée entre une mère et sa fille. Le ressenti transmis, la peur qu'on vous prenne l'autre, a orienté toute sa vie affective. Récolter, ce n'est donc pas seulement demander « que s'est-il passé ? », c'est chercher comment ça a été vécu, quitte à le déduire quand personne ne peut plus le raconter.
Autre subtilité : une mémoire peut sauter une génération, comme certaines prédispositions. Ta mère peut avoir été épargnée par un ressenti que tu portes de plein fouet. Ne t'arrête donc pas à la génération de tes parents.
Les prénoms : le premier indice à suivre
Porter le prénom ou le deuxième prénom d'un ancêtre n'est jamais anodin dans une lecture transgénérationnelle : c'est souvent le signe qu'on porte aussi une partie de son histoire. Les prénoms se répondent même d'un genre à l'autre : une Antoinette peut faire écho aux Antoine de la lignée.
Fiona raconte le cas d'une cliente venue pour des troubles du sommeil. En posant son arbre, un détail saute aux yeux : son deuxième prénom est celui de son grand-père, diagnostiqué pendant la grossesse de sa mère et décédé juste après sa naissance. La famille jurait pourtant qu'il n'y avait « aucun lien » avec cet homme. Mais on ne donne pas à son enfant le prénom de quelqu'un qui ne compte pas : le prénom disait le deuil que personne n'avait fait.
Commence par là : liste les prénoms et deuxièmes prénoms de ta fratrie et de tes parents, et cherche à qui ils rendent hommage. C'est souvent la porte d'entrée la plus rapide dans l'histoire familiale.
Les dates : naissances, décès et syndrome d'anniversaire
Deuxième famille d'indices : les dates. Naissances, décès, mariages, accidents qui tombent aux mêmes périodes, parfois au jour près, à travers les générations : c'est ce que la psychogénéalogie appelle le syndrome d'anniversaire. Une date de conception qui coïncide avec un décès, un enfant qui naît à l'anniversaire d'un aïeul disparu : autant de fils à tirer.
Dans la famille de Fiona, trois hommes de la même lignée, le père de sa grand-mère, son fils unique et son petit-fils, sont nés le même jour et portent le même prénom. Ces coïncidences en série ne prouvent rien à elles seules, mais elles montrent où creuser : elles désignent les personnes dont l'histoire résonne avec la tienne.
Les métiers : ce que ta lignée essaie de réparer
Troisième indice : les métiers qui se répètent. Une lignée de soignants peut chercher à sauver celui qu'on n'a pas pu sauver ; une famille de juristes, de policiers ou de juges peut répondre à une grande injustice restée sans réparation. Quand une profession traverse les générations, demande-toi ce qu'elle répare.
Le même raisonnement vaut pour tes propres choix : un métier « évident » depuis l'enfance peut être une loyauté familiale plus qu'une vocation. Fiona elle-même raconte avoir choisi l'architecture parce que sa mère en avait rêvé sans pouvoir la faire. Le noter, ce n'est pas renier son parcours : c'est comprendre d'où il vient.
« Je ne sais rien, ma famille ne parle pas » : les trois résistances
Première résistance : la flemme, ou « mon thérapeute s'en occupera ». Mais récolter est un travail que personne ne peut faire à ta place, et il cache souvent une peur de découvrir quelque chose. Deuxième résistance : « je ne sais rien de mon histoire ». On peut pourtant déduire énormément de ta seule vie : ce que tu attires, ce que tu répètes, tes peurs sans origine sont déjà des données. Les registres d'état civil et les archives communales complètent le reste.
Troisième résistance : « ma famille ne me parlera pas ». L'expérience montre l'inverse : quand on s'intéresse au transgénérationnel, on pose des questions sans jugement, parce qu'on a compris que nos parents ont eux-mêmes agi avec l'histoire dont ils ont hérité. Et sans jugement, les langues se délient. Beaucoup découvrent que la vraie barrière n'était pas le silence de la famille, mais la peur d'entendre les réponses.
Un dernier repère : ce que tu récoltes aujourd'hui ne sert pas qu'à toi. Chaque ressenti noté, chaque date posée est un raccourci offert à tes enfants et petits-enfants, qui n'auront pas à deviner ce que tu auras écrit noir sur blanc.
Poser tout ça au propre : le génogramme
Une récolte éparpillée dans des carnets ne montre rien : c'est en posant les informations sur un génogramme, l'arbre généalogique enrichi des dates, des événements et des liens, que les répétitions deviennent visibles d'un coup d'œil. Prénoms partagés, dates en miroir, âges critiques : ce que des années de conversations n'avaient pas révélé apparaît souvent en quelques minutes une fois l'arbre construit.
C'est exactement ce pour quoi MyGeno a été conçu : tu remplis une fiche par membre de ta famille, dates, événements, ressentis, et l'outil met en évidence les liens qui te concernent. La récolte reste ton travail ; la détection des répétitions, elle, n'a plus besoin de se faire à la main.

Un épisode de Fiona Beenkens, auteure et conférencière, cofondatrice de MyGeno. Article rédigé à partir de l'épisode et mis à jour le 26 août 2026.
Les questions que tu te poses
Comment faire son arbre généalogique en psychogénéalogie ?
On ne remonte pas la lignée pour collectionner des noms : on part de sa problématique et on cherche le ressenti qui se transmet. On note pour chaque membre les dates, les événements marquants et la façon dont ils ont été vécus, puis on pose tout sur un génogramme pour faire apparaître les répétitions : prénoms, dates, âges critiques et métiers.
Que faire si je ne connais rien de mon histoire familiale ?
Commencer par ta propre vie : ce que tu attires, ce que tu répètes et tes peurs sans origine sont déjà des données exploitables. Les registres d'état civil et les archives communales fournissent ensuite les dates et les événements officiels. Et poser les premières informations débloque souvent la suite : une question posée sans jugement ouvre plus de portes qu'on ne l'imagine.
Qu'est-ce que le syndrome d'anniversaire ?
C'est la répétition d'événements aux mêmes dates ou aux mêmes âges à travers les générations : décès, accidents, ruptures ou naissances qui tombent en écho avec l'histoire d'un aïeul. Ces coïncidences de dates sont un des indices les plus fiables pour repérer à quel ancêtre une problématique actuelle est reliée.
Pourquoi les prénoms sont-ils si importants dans l'arbre familial ?
Parce qu'un prénom transmis rend hommage à quelqu'un, consciemment ou non, et signale souvent qu'une histoire se transmet avec lui. Porter le prénom ou le deuxième prénom d'un ancêtre invite à regarder ce qu'il a vécu : c'est fréquemment dans son histoire qu'on trouve l'origine du ressenti qu'on porte.
Envie de voir ce que ton arbre révèle ?
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