Du pardon au remerciement : la vraie clé de la libération
La rancœur est l'une des émotions les plus lourdes à garder dans un corps. Et le conseil habituel, « il faut pardonner », bloque plus de personnes qu'il n'en libère : certains actes n'ont pas à être pardonnés. La bascule proposée par Fiona est différente : remercier la situation d'avoir été sur ton chemin, pour ce qu'elle t'a appris et ce qu'elle a rendu possible, sans jamais excuser l'acte lui-même.
L'exercice de l'épisode est concret : liste les personnes et les situations contre lesquelles tu gardes de la colère, puis demande-toi, pour chacune, ce que tu peux remercier. Non pas « je te pardonne ce que tu as fait », mais « je reconnais ce que ce chemin m'a appris, et je te rends la colère que je portais ». La nuance paraît fine ; dans le corps, elle change tout.
Les phrases de remerciement et les phrases de libération
Une fois l'ancêtre et le ressenti identifiés, la libération passe par des mots précis, en deux temps. D'abord la phrase de remerciement, qui remet de la lumière sur la souffrance de l'ancêtre : « je remercie [son nom], qui a vécu [son histoire], d'avoir sacrifié [ce qu'il n'a pas pu vivre], car c'est grâce à cela que je suis née ». Ensuite la phrase de libération : « ce n'est pas parce que [cet ancêtre] a vécu cela que je dois vivre [ma problématique] ; je m'autorise aujourd'hui, concrètement, à [ce que tu t'autorises] ».
La règle d'or : plus la phrase est précise, la personne nommée, le ressenti exact, l'autorisation concrète, plus elle est puissante. Et tu sais qu'elle est juste quand le corps répond : l'émotion qui monte d'un coup en la prononçant est le signe qu'elle touche la bonne mémoire. Une personne peut en essayer sept qui ne font rien, et fondre en larmes à la huitième : c'était celle-là.
Les rituels : parler au cerveau dans sa langue
Le cerveau fonctionne par symboles et ne fait pas de différence entre le symbolique et le réel : c'est ce qui rend les rituels si efficaces. Écrire une lettre à un ancêtre et la brûler. Porter une pierre à laquelle on donne le nom de celui dont on porte le poids, marcher deux heures avec, puis la déposer. Nommer et enterrer symboliquement un enfant mort-né que personne n'a pleuré, pour terminer un deuil resté ouvert depuis deux générations.
Il n'existe pas de rituel universel : le bon rituel est celui qui résonne avec l'histoire à libérer, et souvent il se présente de lui-même quand la compréhension est juste. On peut se faire aider pour le concevoir ; l'essentiel est de ne jamais faire un rituel sans avoir compris avant ce qu'il vient clore. Le geste sans la conscience ne dépose rien.
Un cas complet : la femme qui ne pouvait pas être vue
L'épisode se termine sur un décodage de bout en bout. Une cliente consulte pour un blocage professionnel : impossible de se rendre visible, chaque tentative de se montrer sur les réseaux la rend littéralement malade. Son arbre parle : dans sa lignée, pendant la guerre, être vu pouvait coûter la vie. Il fallait se cacher pour survivre.
Et son quotidien le confirmait dans les moindres détails : pas de nom sur sa sonnette, aucune photo d'elle chez elle, un intérieur impossible à attribuer, la voiture toujours garée dans le sens du départ, l'alarme systématique. Son cerveau appliquait à la lettre une consigne de survie vieille de deux générations : ne sois pas identifiable.
La libération a suivi le chemin exact de la méthode : comprendre l'origine, remercier la lignée d'avoir survécu en se cachant, puis rendre la consigne, mettre son nom sur la sonnette, accrocher des photos d'elle, écrire au dos d'un cadre « à partir de maintenant, je m'autorise à être vue et je suis en sécurité ». Des gestes minuscules en apparence : pour son cerveau, un changement d'époque.
Les deuils non terminés, dénominateur commun
Derrière presque toutes les libérations, on retrouve la même racine : un deuil qui n'a pas été fait. Le deuil d'une personne, mais aussi d'un accouchement rêvé, d'un pays quitté, d'une vie espérée. Fiona raconte le cas d'un enfant dont l'énurésie persistait à treize ans : le fil remontait à l'accouchement de sa mère, arraché au projet de naissance à domicile qu'elle avait construit, et jamais pleuré. Le travail de libération était le sien avant d'être celui de l'enfant : faire le deuil de l'accouchement rêvé, et remercier, sans la pardonner, la sage-femme dont l'abandon avait mené à un accouchement médicalisé et à un enfant en bonne santé.
C'est le fil rouge à retenir de cette étape : ce qui pèse dans une lignée est rarement l'événement lui-même, c'est ce qui n'a pas pu être pleuré. Libérer, au fond, c'est terminer les deuils des autres pour ne plus avoir à les porter. Reste alors la dernière étape, celle qui ancre tout : agir.

Un épisode de Fiona Beenkens, auteure et conférencière, cofondatrice de MyGeno. Article rédigé à partir de l'épisode et mis à jour le 26 août 2026.
Les questions que tu te poses
Comment se libérer d'un poids transgénérationnel ?
En trois temps, une fois l'histoire récoltée et comprise : remercier l'ancêtre pour ce qu'il a traversé et sacrifié, prononcer une phrase de libération précise qui lui rend ce qui lui appartient et t'autorise concrètement autre chose, puis, si le déclic ne suffit pas, passer par un rituel symbolique qui matérialise la restitution. La précision des mots fait la puissance du geste.
Quelle est la différence entre pardonner et remercier ?
Le pardon porte sur l'acte, et certains actes n'ont pas à être pardonnés. Le remerciement porte sur le chemin : reconnaître ce qu'une situation a rendu possible ou appris, sans rien excuser. C'est le remerciement qui libère la rancœur, et c'est la rancœur, pas l'absence de pardon, qui maintient le poids dans le corps.
Comment formuler une phrase de libération efficace ?
Elle se construit en deux temps : « je remercie [l'ancêtre nommé], qui a vécu [son histoire], d'avoir sacrifié [ce qu'il n'a pas pu vivre] », puis « ce n'est pas parce qu'il a vécu cela que je dois vivre [ta problématique] ; je m'autorise aujourd'hui à [autorisation concrète] ». Plus la personne, le ressenti et l'autorisation sont précis, plus la phrase agit : le corps confirme par l'émotion quand elle est juste.
Les rituels de libération fonctionnent-ils vraiment ?
Le cerveau fonctionne par symboles et ne distingue pas le symbolique du réel : un rituel juste, précédé d'une vraie compréhension, lui signifie qu'une histoire est terminée. Lettre écrite puis brûlée, objet chargé qu'on dépose, deuil symboliquement célébré : la forme importe moins que la précision de ce qu'elle vient clore.
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